Auteur/autrice : Marie

  • Mémoires au Rebond {phantom} (2024)

    Mémoires au Rebond {phantom} (2024)

    Mémoires au Rebond {phantom}, de Marie Darodes, aborde la Chapelle du Miracle comme un instrument de musique amplifié, une architecture sonore vibrante et résonnante, à travers un dispositif comptant une douzaine d’enceintes, comme autant de résonateurs dans l’acoustique hétérogène de l’édifice.
    Présenté lors à l’occasion du Parcours de l’Art 2024, c’est une invitation à la déambulation libre, les oreilles grandes ouvertes dans une mise en scène de l’espace minimaliste.


    Un travail de mémoire

    Hétérogènes, les mémoires de cet édifice inscrit aux monuments historique depuis 1947 le sont, car en 700 années d’existence, les communautés religieuses et les usages du bâtiment ont été nombreux. Une frise chronologique détaillée présentée en introduction de l’exposition en atteste. Son architecture aussi est composite : de l’édifice d’origine ne subsistent que quelques éléments. Sa façade a été reconstruite deux fois, des chapelles latérales ont été bâties, d’autres détruites, le sol a été surélevé à plusieurs reprises, le béton s’est immiscé dans la construction de pierre, des murs se sont effondrés, d’autres ont été élevés, des ouvertures sont apparues, certaines ont été fermées…

    A l’écoute des mémoires qui s’enchevêtrent et prennent corps dans cet espace particulier, Mémoires au Rebond interroge avec poésie les pierres et leurs murmures et offre une écoute ludique et vivante du patrimoine construit. Impartiaux témoins du temps, des mains qui les ont façonnés, des vies et des mœurs de ceux qu’ils ont abrité, des troubles et des joies des âmes qui les ont habités : qu’auraient donc à nous raconter les murs de la Chapelle du Miracle ?


    4 tableaux sonores en écoute déambulatoire

    Marie Darodes, instigatrice du projet, tente ici une réponse à cette question en présentant une œuvre en quatre tableaux sonores immersifs, évoquant quatre époques marquantes sans en tenter la représentation (Les Repenties 1343-1575, Les Minimes 1575-1796, Notre-Dame-du-Tonnerre 1752-1796, Les Pompes Grillot 1932-1996).

    Œuvre en écoute déambulatoire immersive dans un système de diffusion spatialisé conçu in situ, avec, et pour la Chapelle du Miracle, c’est aussi un exercice d’écriture poétique reposant sur un travail de recherche historique, de repérage acoustique pour remonter les trajectoires des sons de cet espace particulier, et une recherche de composition de motifs, de dynamiques, d’évocations et de narratives.

  • OFFSHORE P.O.V. (2024)

    OFFSHORE P.O.V. (2024)

    Une installation de Rémi Billardon à L’Eveilleur (Avignon)


    Bande magnétique, magnétophones, matériaux mixtes.
    Écoute au casque.

    La seconde édition du festival Émouvance (suspendue) proposée par l’Eveilleur en octobre 2024 est une invitation à ralentir qui vise à interroger nos manières de produire, de créer et de consommer de l’art au prisme de la lenteur.

    OFFSHORE est une plate-forme autel fragile, une radio bateau-pirate voguant par-delà les frontières et revendiquant la lenteur comme un désobéissance enfantine face à la recherche absurde de toujours plus d’efficience.
    Comme un vent de terre qui pousse au loin vers le large quelques paisibles utopies.


    Mais Offshore n’est pas que mer, il est aussi quelque part entre ciel et terre, un espace contemplatif non totalement défini où chacun peut y faire voyager ses pensées.

    Ici, le choix de ces magnétophones n’est ni mémoriel, ni archiviste, ce qu’ils racontent est actuel, ils sont l’outil de la décélération, une low technologie qui impose par son fonctionnement un écoulement du temps dont il est impossible de s’affranchir autant dans la création de la bande que dans sa lecture.
    Il y a également l’envie de redonner corps au son, il devient visible, palpable, précédé par le bruit léger des moteurs et de la bande qui circule dans les bobines.
    A travers la bande magnétique, la volonté de donner à voir un cheminement physique et émotionnel qui nous relie et nous connecte.
    Cette boucle est générative, elle est en constante évolution, il n’y a donc pas de retour à l’état initial, mais une projection vers l’infini.

    L’écoute au casque, quant à elle, nous ramène à l’intimité de nos soirées à écouter, en secret, la radio sous l’oreiller.

    S’inscrivant dans la démarche de demain.org, dans sa volonté décroissante, Offshore est composée essentiellement d’éléments de seconde main et/ou upcyclés.


    Offshore a été créé en étroite collaboration avec Jean)Louis Larcebeau et sous le regard inspiré de Camille Protar.
    Ce projet a été généreusement accueilli en résidence par l’Archivolt-Chapelle du Miracle (Avignon).

  • « L’Epicerie Sonore », atelier pour les 1-100 ans

    « L’Epicerie Sonore », atelier pour les 1-100 ans

    Proposée pour la première fois au Totem, scène conventionnée d’éveil artistique des jeunes publics (Avignon) le 12 octobre 2024, l’Epicerie Sonore est un atelier conçu pour les tout petits, les petits grands et les grand petits, comme une invitation à la découverte des sons.

    En octobre 2024, à l’occasion du lancement de sa saison, fidèle à lui même le Totem proposait une journée familiale structurée autour de plusieurs ateliers découverte. Apprentis jardiniers / photographes / sérigraphes… et créateurs sonore se sont bousculés dans la cour de l’école Marcel Perrin ce samedi là.

    L’épicerie Sonore imaginée par Rémi Billardon était une invitation à découvrir une foule de sons grâce à des objets sonores à manipuler, des postes d’écoute avec différents types de microphones et le matériel nécessaire pour créer des effets ! Un espace ludique d’expérimentations autour du son.

    L’atelier peut se pratiquer dès l’âge de un an accompagné d’un parent et à partir de 5 ans en autonomie.

    Il n’y a pas de durée minimum ou maximum et peut accueillir 10 participants en même temps.

  • L’écriture du son dans l’espace plateau / Les enjeux de la spatialisation sonore : table ronde le lundi 6 mai à l’ISTS d’Avignon

    L’écriture du son dans l’espace plateau / Les enjeux de la spatialisation sonore : table ronde le lundi 6 mai à l’ISTS d’Avignon

    Co-organisé par François Weber, le collectif demain.org

    et l’ISTS proposent un nouveau rendez-vous d’échange et d’expérimentations.
    Après Périgueux (St Paul de Serre) en aout 2021 et Nantes en Mai 2022, c’est à Avignon, dans l’atelier de l’ISTS, que nous vous invitons à prolonger la réflexion autour de l’écriture du son dans l’espace du plateau.

    Pour cette nouvelle session, programmées les 5 et 6 mai 2024, plusieurs thèmes seront proposés :

    • retours d’expériences

    • écoutes

    • outils de production (de la prise de son au mixage, quel ‘workflow’ ?)

    • outils de diffusion…

    • Écriture du mouvement : « Ça bouge… et alors ? »

    • Actualités

    Ces rencontres sont ouvertes aux concepteurs(trices)/régisseurs(euses) Son, aux scénographes, metteur(e)s en scène/piste, chorégraphes, artistes, chercheurs(euses), étudiant(e)s …

    La prochaine table ronde annuelle aura lieu en avril 2025 à l’ENSATT.

  • demain.org en résidence à Archivolte-Chapelle du Miracle

    demain.org en résidence à Archivolte-Chapelle du Miracle

    février 2024

    En février dernier, à 11°C température ambiante, demain.org au complet posait ses valises à Archivolte-Chapelle du Miracle, pour presque trois semaines de résidence rue Velouterie..!
    L’occasion d’expérimenter une multi-diffusion à 16 canaux dans un lieu (très)particulier, de tester les nouveaux la granulation de l’élastique (ou l’élasticité de la granulation, je ne sais plus), la spatialisation en live de l’accordéon circassien, une captation sonore en 360° d’un vélo-orchestre pour trois sonneur de campane, les rebonds des balles et des échos disruptifs… et tout un tas de machine pleines de fils, de câbles et de sucres en tout genre.
    Ça fuse et ça diffuse !
    Du beau à venir !

    Promis, la prochaine fois on essaie de faire des photos moins floues.

  • AXOA

    AXOA

    François Weber, heureux président de notre association, a développé un soft dédié à la spatialisation du son, que nous avions testé lors du projet en juillet 2020 à Ardénome et en octobre 2023 à l’Eveilleur : Axoa

    Axoa (le ‘x’ se prononce ‘ch’, prononcer donc «Achoa») est un programme, qui permet une écriture de la spatialisation sonore pour le spectacle vivant. En s’appuyant sur trois principes techniques différents, les
    choix de développement ont été réalisés afin de proposer
    une « diffusion multiple ».


    Application dédiée à la création et à la régie Son pour le spectacle vivant (Théâtre, Danse, Cirque, Marionnettes, Musique…), Axoa permet de spatialiser des flux audios dans l’espace d’une scénographie.


    En bref, Axoa c’est :

    – 12 lecteurs de fichiers son (8 pistes max chacun).
    – 8 lecteurs de fichiers HOA 3ème ordre (ambiX).
    – 8 entrées mono ‘spatialisables’.
    – 4 instruments virtuels (8 pistes max chacun).
    – EQ et plugin (VST et AU) sur chaque module.
    – 36 sorties possibles + 1 canal sub + 2 monitoring binaural et stéréo.
    – 4 départs Auxiliaires.
    – Panoramiques 3D (XYZ) sur chaque module.
    – Enregistrement et gestion des trajectoires de chaque module.
    – 2 moteurs de spatialisation différents (HOA et DBAP).
    – Tous les paramètres sont mémorisables.
    – Gestion des sorties indépendante de la conduite (fichiers de sauvegarde distincts).
    – MIDI et OSC Query pour accès aux paramètres en temps réel.
    – Stable, fonctionnel et gratuit.


    En moins bref, voici une présentation détaillée d’Axoa :


    (cliquer ici pour accéder à la version pdf)

    Axoa est disponible en téléchargement :
    http://hapax84.free.fr/Axoa.html
    Un fichier de documentation (pdf) est inclus dans l’archive à télécharger, Axoa_1.1.zip.

  • « URBAN C » à Émouvances Portées (2023)

    « URBAN C » à Émouvances Portées (2023)

    En 2023, c’est au tiers-lieu l’Éveilleur que le collectif s’installe, pour Émouvances Portées, dans un travail qui prolonge un atelier de découverte ouvert librement au public proche du tiers-lieu qui avait eu lieu fin août, autour de la collecte des sons propres au quartier, et donne en résultat des bornes d’écoute et une installation plastique en multidiffusion faite entièrement d’enceintes et amplis de récupération.

    « Émouvance portée » est une exposition collective proposée par le tiers-lieu l’Éveilleur (quartier St-Ruf à Avignon), du 30 septembre au 22 octobre 2023. « Émouvance portée » est une invitation à s’interroger sur la portée de nos actions, de nos créations et des messages que nous laissons derrière nous.

    Plusieurs artistes locaux ont joué le jeu de s’approprier cette thématique pour imaginer des œuvres écoresponsables, à la fois dans leurs conceptions et dans les messages qu’elles portent.

    À travers une déambulation accessible à tous et toutes, le public est invité à découvrir leur travail et à se questionner à son tour au sujet de notre empreinte. Empreinte au sens de l’identité, mais également au sens de la mémoire que nous transmettons, du lien que nous avons aux autres et à notre environnement, et de notre impact sur ceux-ci.
    Émouvance, c’est aussi un temps de partage convivial en présence des artistes, qui mêle échanges et sensibilisation.

    « Émouvance » est né de la volonté de plusieurs personnes de créer un éco-évènement artistique régulier sur le territoire du Vaucluse. Chaque année, le souhait est posé de tisser des liens avec des lieux et structures du territoire vauclusien pour faire voyager ce projet et lui donner différentes formes, toucher différents publics, toujours en expérimentant les valeurs de participation, mutualisation et coopération.


    « URBAN C »

    Lino, hauts-parleurs. Techniques mixtes et mixées
    Rémi Billardon / Quentin Bonani / Marie Darodes / Jean-Louis Larcebeau

    Dans cette installation, le quartier est ébauché, c’est une maquette abstraite dans laquelle le public circule, pour écouter des propositions qui décrivent poétiquement ce qui est partout au-delà dans la vie de chacun et chacune. Nos matériels sont pour la plupart des objets récupérés, restes de notre course au progrès technique qui s’accordent à tracer les souvenirs des sons oubliés ou négligés.

    La mulitidiffusion amène à prêter l’oreille, à choisir aussi ce que l’on veut entendre, à renouer avec l’écoute critique qui nous permet de comprendre notre environnement et à ne plus le subir.

    Il ne s’agit pas de reconstitution historique d’un ambiance sonore d’un quartier, même si le travail vise aussi à constituer une base de données sonore décrivant le quartier Saint Ruf, ici et maintenant, avec ce tramway qui a tout changé récemment… il s’agit de moments à partager ensemble, d’interprétations à partager, d’abstractions figuratives nées de la recherche initiale.

    Il s’agit de se réunir dans l’écoute.


    A (ré)écouter du SoundCloud :

    Morning Return 2’00. Rémi Billardon

    PARK 7’43 Rémi Billardon

    Célérité 2’21 Quentin Bonani

    Bicircle (baɪsɪrkᵊl) 4’04 Marie Darodes

    De La Nuit Au Crépuscule 8’18 Jean-Louis Larcebeau

  • Ateliers Découverte du Son à l’Eveilleur (2023)

    Ateliers Découverte du Son à l’Eveilleur (2023)

    Cet atelier proposé à la fin du mois d’oaût 2023 et à destination d’un public débutant voir amateur, propose une approche naturaliste du son. Une attention portée à l’environnement sonore du quartier aux moyens de prises de son faites dans différents endroits de St-Ruf afin de donner à entendre ce qui nous entoure au quotidien mais aussi de comment cela peut se lier avec l’écriture du son et le son musical.

    Quentin Bonani présente le son modulaire
    Borne d’écoute des restitution d’ateliers

    Organisé sur une période de trois jours plein dans les locaux de l’Eveilleur, les participants ont pour objectif la création d’une capsule radiophonique de quelques minutes : écoute active du quartier, brève introduction à l’écriture du son et aux moyens de production et prises de son (captation et montage) et enfin retransmission des créations dans différents dispositif d’écoute installés dans les locaux de l’Eveilleur.

    Les capsules des participants volontaires sont en écoute libre sur la durée du festival « Emouvances Portées » dans les bornes d’écoute prévues à cet effet.

     Restitution d’atelier sur SoundCloud

  • Entretien avec Brice Cannavo

    Entretien avec Brice Cannavo

    ©Brice Cannavo

    19/01/2021

    Il ne vous a pas échappé que nous manquons un peu d’expériences sonores en direct ces temps-ci. Alors pour nourrir un peu notre curiosité, Quentin Bonami a réalisé un entretien de Brice Cannavo, créateur sonore et enseignant à l’INSAS.

    Quentin Bonami : Pour commencer, peux tu te présenter en quelques mots ?

    Brice Cannevo : Je m’appelle Brice. Mon parcours m’a fait passer par des études d’architecture aux Beaux-arts de Paris avant de finaliser le cursus son de l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle de Bruxelles où j’enseigne actuellement l’écriture sonore pour la scène et pour la radio.
    En dehors de mes cours je conçois des accompagnements sonores pour des projets de théâtre et de danse et réalise des pièces radiophoniques diffusées en salle.
    En dehors de tout cela je suis passionné de voyage en vélo (on voyage à 4 avec ma compagne et mes deux enfants), de travail du bois à l’ancienne (sans machine) et depuis peu d’ornithologie.

    QB : Aujourd’hui vers quels types de projets te tournes tu ?

    BC : J’ai longtemps « beaucoup » travaillé. Depuis quelques années je réduis considérablement mon rapport au travail pour ce qui est du son au plateau. Cela me permet de mieux m’y consacrer. En clair je ne fais plus qu’un projet par an. Dans le meilleur des cas (même si ce n’est jamais très simple de le savoir à l’avance) j’essaie de travailler sur des projets sur lesquels le son, le langage sonore pourra avoir une certaine autonomie. Non pas travailler seul dans son coin, bien au contraire, mais plutôt autonomie dans le sens où le son participe à part entière à la dramaturgie générale du spectacle et n’est pas juste un élément de décoration ou un accompagnement purement émotionnel (comme c’est souvent le cas lorsque l’on utilise certaines musiques ou certains effets).

    Le dernier projet sur lequel j’ai travaillé (« Dimanche » des compagnies Focus / Chaliwate) est un spectacle à mi-chemin entre du théâtre gestuel et du théâtre d’objet. Ce qui était fascinant sur ce projet-ci c’était que le son (entre autres) pouvait faire percevoir instantanément des rapports d’échelle très divers et plonger le spectateur un coup dans l’infiniment petit et un coup dans l’infiniment grand. Passer de la sonorisation d’une station-service en maquette de 30 cm de long posée sur une table au plateau à la simulation sonore d’une maison qui s’effondre car ensevelie par un tsunami à l’échelle 1/1 (le public étant dans la maison). Cette précision est en grande partie rendue possible par le développement de la technologie. Aujourd’hui on peut planquer des mini-hautparleurs dans des objets ou sous des tables, qui diffusent un son audible par tout un public et on peut aussi facilement répartir dans toute la salle et ce, en incluant le public, toute une série de haut-parleur relativement puissant pour simuler des phénomènes de large échelle. Jouer avec cette dynamique c’est passionnant. Permettre d’une part au spectateur d’être littéralement plongé par le son (et pas que) dans une concentration qui le fixe au plateau sur des détails, le hors-champ, les silences, rendre son écoute active et voyageuse et d’autre part l’intégrer dans des espaces sonores riches et complexes qui font jouer tous les sens (j’ai vu des publics mettre leur gilet lorsqu’une pluie diluvienne étaient soudainement jouée par tout un ensemble de hautparleurs). Dans ce dernier spectacle il a été aussi question de sonoriser des marionnettes grandeur nature d’ours blanc ou de flamand rose (respiration, râle, battement d’ailes, déplacements…), ce qui accentuait considérablement leur présence et l’impression qu’elles renvoient.

    QB : En 2007 tu as monté « Les Aveugles » de Maeterlinck en Octophonie et choisi de traiter cette pièce uniquement avec du son. Peux-tu nous expliquer ce qui a motivé ta démarche?

    BC : Lorsque j’ai découvert l’écriture de Maeterlinck cela m’a fait l’effet d’une claque magistrale. Un ami m’avait prêté son livre des œuvres complètes et le soir en rentrant chez moi je n’avais pas pu résister à commencer à le lire dans le bus qui me ramenait chez moi. Résultat, je me suis retrouvé au terminus sans avoir vu passer mon arrêt tellement j’avais été plongé dans la lecture.
    Lorsque j’ai lu « Les Aveugles » j’ai eu un flash sonore et ai entendu tout autour de moi mille et une productions de mon imaginaire en roue libre. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec ce texte sous forme exclusivement sonore. Curieusement pendant le travail tous les sons présents dans le texte (vent, feuilles mortes, mer au loin, nuit, oiseaux…) n’ont quasi pas été traités, c’était le seul moyen de laisser l’auditeur faire travailler son imaginaire au contact de ce texte qui contient tout.
    Pourquoi en avoir fait une pièce sonore ? Plusieurs raisons à cela. La cécité est une situation d’écoute dans le noir et je voulais expérimenter cela sous plusieurs aspects.

    1 – La cécité symbolique exprimée par l’auteur. Ce texte raconte l’histoire d’aveugles vivant sur une île, un prêtre les emmène en balade et lors d’une pause il disparaît. De grandes discussions se jouent jusqu’au moment où ils se rendent compte que ce dernier est mort au milieu d’eux. Il s’agit là d’une représentation symboliste d’une société occidentale au début du XXè siècle qui perd fondamentalement le rapport direct à la religion pour expliquer sa cause et sa direction. Que se passe-t-il alors lorsque l’humanité n’est plus baignée de lumière divine ?

    2 – La cécité réelle des participants au projet. J’ai réalisé cette pièce avec les jeunes aveugles et malvoyants de l’Institut Alexandre Herlin de Berchem-Ste-Agathe. La pièce oscille entre la fiction de Maeterlinck et des ouvertures plus documentaires concernant les participants.

    3 – La cécité de l’auditeur en situation d’écoute. Cette pièce a été enregistrée sur huit micros par les participants au projet. Ces huit micros étaient disposés en cercle. Au moment de la diffusion le public était placé, dans la pénombre, au milieu d’un cercle de huit haut-parleurs restituant le cercle des Aveugles et leurs prises de paroles.

    Cette pièce est donc à l’intersection de ces trois formes de cécités. Les aveugles c’est aussi le sujet de mon mémoire de fin d’études où je me suis penché sur la perception de l’environnement sonore chez l’aveugle. Toujours dans cette même optique, de mieux comprendre la relation de l’individu au son.


    QB : Quelles ont été les réactions des publics et des professionnels?

    BC : Les réactions des publics ont dans l’ensemble été vraiment très bonnes. Je me souviens plus précisément d’une jeune aveugle qui avait participé au projet et qui refusait catégoriquement que l’on éteigne les lumières pour que l’on écoute la pièce dans la pénombre. Aussi aveugle était-elle, elle nous signifiait qu’elle ne se sentait pas bien dans le noir. C’est la seule fois où on a écouté « Les Aveugles » en pleine lumière….

    QB : Faire le pari de la mise en scène purement audio revient à miser uniquement sur le son pour créer et symboliser un espace et une action. A l’image des fictions radiophoniques, penses tu que le théâtre puisse intégrer plus radicalement le son comme élément scénographique et dramaturgique?

    BC : Ce n’est pas que je le pense, j’en suis persuadé. Il serait même temps de faire plus confiance au son pour prendre cela en charge. Régulièrement lorsque je rencontre les directions de salles pour tenter une diffusion de l’une de mes pièces sonores, l’on me regarde avec des yeux un peu inquiets et la question qui vient :Ok tu diffuses une pièce sonore, mais il y a quoi à voir ? Que se passe-t-il au plateau ? Ma réponse : Rien, tout est à entendre. Question logique suivante : Mais le public ne s’embête pas ?…

    Sur le spectacle « Dimanche » dont j’ai parlé plus haut, lors du travail j’ai proposé qu’il y ait à un moment précis une scène de quelques secondes (quasi une minute) entièrement sonore et que la salle pendant ce temps soit plongée dans le noir. La réaction directe a été : ce n’est pas possible, on va perdre les spectateurs… Au final cette scène existe bien dans le noir et le public en sortant en parle beaucoup. Je pense que c’est une scène qui marque, en grande partie parce qu’elle est entièrement sonore et dans le noir.

    Donc pour aller un peu plus loin dans la réponse à la question, c’est évident que le son à un rôle à jouer en terme de dramaturgie (c’est d’ailleurs le cœur de mon enseignement à l’Insas) et il y a tout un travail de sensibilisation à faire auprès des publics et des professionnels.

    QB : Pour toi, le lien entre l’image et le son au théâtre répond il aux mêmes mécanismes que dans le cinéma?

    BC : Pas du tout, et heureusement. De nos jours le théâtre se rapproche de plus en plus du cinéma. Présence de caméras sur scène, comédiens équipés de micros HF… la plupart du temps (de ce que je vois en tout cas), tout ça n’est que gadget et n’est pas porté par de réelles intentions dramaturgiques. Ça en fout plein la vue c’est sûr, mais en grattant le vernis il n’y a souvent pas grand-chose derrière. Au cinéma le son doit obligatoirement être associé (spatialement en tout cas : LCR, 5.1 …) à l’image. Au théâtre pas forcément et c’est ce qui rend le travail du son au théâtre extrêmement libre. Si je veux faire aboyer un chien dans le couloir qui donne sur l’arrière des gradins, ou faire chanter un coq au-dessus du public c’est tout à fait possible d’y placer des sources sonores. Spatialement, le son au théâtre est face à une liberté quasi-totale d’opération et ce pour mieux servir la dramaturgie du spectacle (on pourrait en parler pendant des heures). Au cinéma on doit travailler avec un dispositif de diffusion final normé et fixe. Et puis le rapport de l’hic et le nunc, l’ici et maintenant.
    Aujourd’hui au théâtre avec, encore une fois, les dernières technologies, on peut travailler, composer, interagir, suivre, évoluer en temps réel, c’est-à-dire adapter son travail au moment du plateau, à l’instant, au présent. C’est ça le spectacle vivant. Le cinéma est un art du passé. La chose est inscrite.


    QB : Penses tu que l’Ambisonique, le WFS ou le 5.1 deviendront des standards de diffusion et par la même des outils d’ecriture au service de la dramaturgie?

    BC :J’espère que non. Pourquoi s’encombrer de ces systèmes si on n’a besoin que d’un haut-parleur au plateau ? Ou un au plateau, trois dans le gradin et cinq derrière le public ? Ou dix mini hp planqués dans le décor ? L’utilisation des standards annihile la précision d’une installation donnée pour une intention donnée. Elle pose un cadre avec lequel on devrait composer. C’est antinomique.


    QB : As tu constaté des évolutions dans la mise en scène du son?

    BC : Oui et non. Je trouve qu’on a fait beaucoup de progrès comme je disais plus haut sur les rapports d’interaction entre le son et le plateau mais je trouve aussi que la majeure partie du temps on s’embourbe bien les pieds dans un trop plein de technologie qui bouffe tout le plateau au risque d’arriver à des formes ultra-démonstratives mais qui sont des coquilles creuses. Donc encore une fois, la technique c’est bien mais si c’est pour que l’outil soit prioritaire à l’idée ou l’intention autant revenir à l’époque où il n’existait pas, au moins on n’avait que l’intention pour faire, c’est là le principal et ça doit le rester.

    QB : Peux tu nous parler du vocabulaire concernant le son. On sait que les termes techniques sont très peu porteurs de sens d’un point de vue artistique (tessiture, timbre, dynamique…etc) et qu’on entend souvent des métaphores de l’ordre de l’espace et du visuel. Y a-t-il un vocabulaire commun entre la technique et l’artistique?

    BC : Je ne sais pas s’il y a un vocabulaire commun entre le technique et l’artistique par contre je sais d’expérience que l’une des choses les plus complexes à régler entre un metteur en scène et quelqu’un au son c’est la communication. Savoir comment communiquer ses intentions. C’est là qu’on se rend compte que ce n’est pas du tout évident de parler de ce qu’on a dans la tête et encore moins de le retranscrire en langage sonore, lumineux, scénographique…

    J’avais travaillé sur un projet de danse avec une chorégraphe italienne, Erika Zueneli. Elle était venue me trouver car jusqu’à présent elle travaillait tous ses spectacles avec de la musique et pour celui-ci elle sentait qu’il lui fallait une matière plus sonore que musicale. J’ai commencé à assister aux répétitions, j’avais environ un mois et demi de travail de prévu avec l’équipe. Pendant plus d’un mois, toutes mes propositions n’allaient pas. Elles étaient systématiquement rejetées et effectivement ça n’allait pas. Mais comment faire pour travailler au bon endroit ? Un jour, à deux semaines de la première Erika me montre un bouquin qu’elle avait donné à voir à ses danseurs pour les inspirer. Un livre de l’illustrateur allemand Mickaël Sowa représentant des animaux dans des situations humaines. Et là, ça a été le déclic. J’ai compris le degré et la qualité du décalage qu’Erika voulait entreprendre avec le réel. J’ai compris le type d’humour… Le lendemain est donc arrivée au plateau la première proposition sonore qui fut acceptée et ensuite, une fois que le premier son était posé, il n’y avait plus qu’à dérouler le fil de la création.
    La communication avec Erika n’avait pas été évidente à trouver, mais quand cela se passe enfin, c’est toujours un immense plaisir à se sentir au bon endroit.


    Pour aller un peu plus loin…

    Les curieux pourront trouver ici un lien vers le texte : « Pour un théâtre de l’obscurité«  : ce mémoire est l’anticipation d’un travail radiophonique effectué avec les élèves aveugles et malvoyants de l’Institut Alexandre Herlin au départ du texte de Maurice Maeterlinck, Les Aveugles (1891).

    Pour (ré)écouter le travail de Brice Cannavo, rendez-vous sur le site de Radiola, ou en cliquant > là <